Pendant ce temps, la mention de ce qui est généré s'écrit dans la loi et chez les plateformes : depuis le 2 août en Europe pour les hypertrucages (deepfakes), ces images, sons ou vidéos générés que l'on prendrait pour vrais ; depuis juin à New York, en 2027 en Californie ; depuis le 14 octobre chez YouTube Music, depuis avril chez Spotify. Le Luxe montre de l'humain au moment précis où l'on peut lui demander ce qu'il a confié à la machine.
L'outil que je défends cette semaine, le Luxe le connaît déjà sur ses vêtements : une étiquette de composition. Pour chaque image, trois cases : tournée, générée en partie, générée. Comment classer une image : une retouche qui corrige reste « tournée » ; une matière, un produit, une personne ou un lieu produits par un modèle font « générée en partie » ; rien de pris à la main, « générée ». L'étiquette reste en interne ; la Maison la montre d'office là où la loi l'impose, et à la demande du client ailleurs.
Sur le vêtement, l'étiquette est obligatoire et visible ; sur l'image, je la veux d'abord tenue, puis donnée à qui la demande. Et « tourné » n'est pas une pièce de conformité : c'est un argument de désir, comme « fait main », que la Maison peut revendiquer parce qu'elle sait le prouver.
Ma ligne tient en trois verbes. L'IA peut augmenter l'excellence d'exécution : des cinq E, les invariants du Luxe (excellence, exception, expérience, émotion, élévation), c'est le seul qu'elle porte seule, pour les rendus, les déclinaisons et les contrôles, jamais pour le geste du métier d'art. Elle peut enrichir les quatre autres tant qu'elle sert la main qui les porte.
Dès qu'elle les produit à la place de la main, elle les dilue : un même modèle, nourri des mêmes images, ne peut que tirer chaque Maison vers le même visuel. C'est ma lecture, aucune étude ne l'a encore mesurée. Le juge n'est ni le régulateur ni la plateforme. C'est le client, et une étude, plus bas, montre qu'il juge moins bien l'image qu'on lui déclare générée.
Couverture : « L'ultimo uomo reale », court-métrage de The RealReal (Team One, réalisé par Sebastian Strasser), 2026. Étiquette de composition : générée.
La couverture vient d'un film que je décrivais en édition 7 puis en édition 16 : « L'ultimo uomo reale », sorti le 1er avril par The RealReal, un film généré par IA. Selon The Stable, un homme de plus en plus désemparé y tente de démontrer qu'il existe tandis que tout, autour de lui, se révèle factice ; à la dernière image, seul un sac en cuir résiste au faux. Le potier de l'image est donc généré, la main qui tourne n'existe pas.
Par l'absurde, The RealReal montrait que, quand tout peut être généré, authentifier le réel devient un métier : le sien. Je retourne l'idée pour les Maisons : l'humain, dit et prouvé, est la meilleure étiquette qu'elles puissent apposer. « Get Real » se lit d'ailleurs deux fois : en anglais courant, un rappel à l'ordre, redescendez sur terre ; et une consigne qu'elles pourraient s'adresser à elles-mêmes, gardez l'humain au premier plan et sachez, image après image, ce que vous avez confié à un algorithme.
« Une Maison qui met l'humain en avant doit savoir dire, visuel par visuel, ce qui est généré. »
Bienvenue dans LUXE ÆTERNAI, mon décryptage hebdomadaire de ce que les agents IA changent, ou ne changent pas, pour les Maisons de Luxe. Je suis Michaël Tsakiris. J'aide les dirigeants et leurs équipes à choisir ce qu'ils confient à l'IA, à l'installer, et je les forme. Bonne lecture !
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L'essentiel de la semaine ¶
La thèse. Les campagnes du Luxe reviennent à des scènes humaines, après ce que BoF décrit comme une année d'essais dans le secteur, au moment où la loi commence à imposer la mention de l'IA. Une Maison qui met l'humain en avant tient, pour chaque image, une étiquette de composition, tournée, générée en partie ou générée ; elle la montre d'office là où la loi l'impose, à la demande ailleurs. Une décision en Comité Exécutif : la règle, sur une page, avant la campagne du printemps.
Le paradoxe. Antoine Arnault dit l'IA « jamais pour la créativité » ; dans les jours qui suivent, trois offres de stage des studios Louis Vuitton la citent, dont deux pour les rendus de croquis.
Ce qui bouge. Eric Bompard met en attente ses images générées, faute d'un cachemire fidèle ; Meta invite 19 journalistes et créateurs de mode à sa conférence pour obtenir l'aval culturel de la mode.
Les 3 qui comptent, hors Luxe. La Californie rejoint New York sur la mention des interprètes synthétiques ; Meta retire le mot « train » (entraîner) de ses conditions pour annonceurs, mais garde le droit de collecter leurs sites ; une fausse photo d'actrice a circulé sans étiquette sur Instagram.
On décode. Six Maisons misent sur des scènes tournées ; une étude montre qu'une publicité de Luxe déclarée générée est jugée moins authentique ; l'Europe a déjà une icône pour signaler une image générée, d'usage facultatif.
La story. Spotify et YouTube Music ont déjà leur réponse : une mention déclarée par l'ayant droit, en trois niveaux chez YouTube, un badge pour l'artiste réel chez Spotify.
Bêta Luxury. Zalando fait 93 % de ses campagnes sur site avec l'IA et interdit à ses vendeurs toute mention visible sur l'image : la trace est exigée dans le fichier, le client ne la voit presque jamais.
Coming next. Les chiffres trimestriels d'Hermès, de Prada et de Kering aujourd'hui, ceux de The RealReal le 29.
Pour Antoine Arnault, l'IA, c'est « jamais pour la créativité » ; trois offres de stage des studios Louis Vuitton la demandent, dont deux pour les rendus de croquis. ¶
Le 16 octobre, au lancement des Journées Particulières, Antoine Arnault a rangé l'IA du côté de la chaîne logistique, de la comptabilité, « jamais pour la créativité », selon Radio Classique. Il présentait le retour de l'événement, ouvert au public dans 71 lieux, comme une réponse à « the age of artificial intelligence » (l'âge de l'intelligence artificielle), selon WWD.
Entre le 17 et le 20 octobre, trois offres de stage des studios de création de Louis Vuitton citent pourtant l'IA. Celle du studio souliers femme demande de « générer des visuels et renderings à partir de dessins » avec « Procreate, programmes IA interne » (Louis Vuitton). Celle du textile des Objets Nomades parle de rendus « en utilisant la 3D ou l'IA » (Louis Vuitton) ; celle de la maroquinerie homme précise que « 3D et IA sont un plus » (Louis Vuitton). Sur 99 offres de création, de studio ou d'image publiées par le groupe LVMH, toutes Maisons confondues, en un mois, relevées le 21 octobre sur son site carrières, j'en ai compté 11 qui citent l'IA.
« Le rendu d'un croquis n'est pas une création, mais c'est déjà une image. »
Je n'y vois pas de contradiction cachée. Le rendu sert à juger une forme avant de la fabriquer ; la campagne sert à la montrer au client. Mais la phrase d'un dirigeant devient une promesse publique, et une promesse publique se vérifie. Mon relevé montre l'IA dans les studios ; les pages publiques du groupe que j'ai lues, site carrières compris, ne disent pas à quelles étapes de la création elle est admise. Le jour où un client, un journaliste ou un régulateur posera la question, la réponse devra exister par écrit.
Sources de la rubrique5 liens
- Radio Classique
- WWD
- Louis Vuitton, offre de stage, studio souliers femme, consultée le 21 octobre
- Louis Vuitton, offre de stage, textile, consultée le 21 octobre
- Louis Vuitton, offre de stage, maroquinerie homme, consultée le 21 octobre
Eric Bompard suspend ses images générées, Meta cherche une caution dans la mode. ¶
Eric Bompard met ses images générées en attente. Le 14 octobre, à une matinée de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, Alexis Rouge Carrassat, responsable de la donnée de la marque, a expliqué que les projets d'images générées avaient été testés il y a quelques mois, puis mis en attente : un rendu du cachemire qui ne soit pas fiable à 100 % n'est pas acceptable, selon FashionNetwork le 20 octobre (version française, réservée aux abonnés).
Fin août, l'agence Cherry, qui a travaillé pour la marque, présentait pourtant des visuels générés pour Bompard, « gros plans matière » sur le cachemire, conçus « sans jamais laisser transparaître le procédé » (Agence Cherry) ; la page ne dit pas s'ils ont été publiés.
Ma lecture : c'est la première marque que je vois donner publiquement une raison technique de dire non à l'image générée, et la raison est la matière. Plus la matière pèse dans le prix d'un objet, moins une image approximative est acceptable. Un directeur de l'image peut en tirer un geste simple : écrire la liste des matières de sa collection que l'IA rend mal, et le seuil de fidélité exigé avant tout essai.
Meta cherche une caution dans la mode. Le New York Times a révélé le 16 octobre que Meta avait invité 19 journalistes, rédacteurs, créateurs et influenceurs de mode à sa conférence Meta Connect, pour obtenir, selon un porte-parole de Meta cité par le journal, un « cultural endorsement » (aval culturel) des acteurs les plus influents de la mode (The New York Times). Vogue World Milan, en septembre, était déjà sponsorisée en partie par Meta Glasses, selon TechCrunch, et Meta courtise la mode depuis juin pour ses lunettes, une agence y voyant le besoin d'un « cultural cachet » (prestige culturel), selon Glossy.
Ce que j'en retiens : Meta ne passe pas par les Maisons, il passe par ceux que les Maisons invitent à leurs défilés, et la plateforme qui cherche leur caution est celle qui décide, plus bas, ce qu'elle étiquette ou non. Une direction de la communication peut fixer dès maintenant ce que ses ambassadeurs et les créateurs qu'elle rémunère peuvent accepter des groupes technologiques.
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Hors Luxe, la Californie impose la mention, Meta garde le droit de collecter, Instagram laisse passer une fausse photo. ¶
1. La Californie rejoint New York sur les interprètes synthétiques. La loi SB 1050, signée le 16 septembre et en vigueur le 1er janvier 2027, oblige à signaler clairement toute publicité audio ou vidéo qui montre « prominently » (en évidence) un interprète synthétique, selon le cabinet Manatt ; New York applique une règle voisine depuis le 9 juin, que j'évoquais en édition 11. La formule est imposée (« This performance features a synthetic performer », cette prestation met en scène un interprète synthétique) et l'amende peut atteindre 2 500 dollars par infraction, selon le cabinet BakerHostetler.
La Pennsylvanie a voté un texte plus large (SB 806, voté le 7 octobre et transmis au gouverneur, qui ne l'a pas encore signé selon les sources lues, dont MediaPost) : toute publicité qui utilise l'IA de façon à tromper sur le produit devrait le dire, selon la synthèse de MultiState du 16 octobre. Pourquoi ça compte : une campagne de Maison diffusée à New York, déjà, ou en Californie en 2027, qui met en avant un mannequin généré devra le dire.
2. Meta retire le mot « train » de ses conditions pour annonceurs, pas la collecte. Mi-octobre, Nieman Lab puis The Verge ont relevé dans les conditions commerciales de Meta, applicables au 30 octobre, une clause qui l'autorisait à entraîner ses modèles sur les sites de tout annonceur ; Meta l'a retirée dans les jours suivants, selon TechCrunch. Trois juristes interrogés par Nieman Lab jugent que la nouvelle version permet encore une collecte large : pour l'avocat Matt Topic, « develop » (développer) suffit à couvrir « train ». Ce que ça change : une Maison qui achète de la publicité sur Instagram a accepté des conditions qui, selon ces juristes, laissent Meta collecter son site ; à faire relire par le juridique et la DSI avant le 30 octobre.
3. Une fausse photo d'actrice a circulé sans étiquette. Les règles de Meta n'imposent pas d'étiquette d'IA sur les images fixes : une fausse photo de l'actrice Mia Goth a atteint près de 500 000 « j'aime » sur un compte certifié d'Instagram, selon The Verge le 15 octobre, et plusieurs médias l'ont relayée comme vraie, selon TheWrap. Meta a supprimé le compte, qui comptait plus d'un million d'abonnés, pour usurpation d'identité, pas pour l'image générée, selon IBTimes. Pour une Maison : ses ambassadeurs sont exposés de la même façon et, comme Instagram n'étiquette pas les images fixes, c'est à elle de repérer et de démentir.
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Les campagnes du Luxe reviennent à l'humain ; en Europe, la mention de ce qui est généré a déjà sa loi et son icône. ¶
Les six campagnes passées en revue par BoF le 20 octobre sont sorties entre mai et août. Prada a confié « Simple Stories » au réalisateur Barry Jenkins, oscarisé (Hypebeast) ; Burberry filme le trajet quotidien avec le mannequin Rosemary Ferguson, sur la voix d'un annonceur du métro de Londres (V Magazine) ; Dior installe sa veste Bar dans un café parisien (Jing Daily) ; Balenciaga suit l'actrice Sarah Pidgeon dans New York, dans trois films de Celine Song qui montrent la caméra et l'équipe (Hypebae) ; Saint Laurent filme l'acteur Connor Storrie dans un appartement presque vide (Nylon) ; Chloé photographie ses mannequins dans des collines en fleurs (Interview).
« The return to this very human imagery follows a year of AI experimentation » (le retour à cette imagerie très humaine suit une année d'expérimentation de l'IA), écrit le journal.
Le 14 octobre, à la même matinée de la Fédération française du prêt-à-porter féminin où Bompard disait non, le prestataire d'Etam, le studio Envelope, a chiffré l'autre option, selon FashionNetwork : une campagne entièrement générée, produite en deux semaines, de 15 000 à 25 000 euros contre 50 000 à 75 000 pour une campagne classique, d'après les fourchettes données par Rémi Sello, cofondateur du studio. Etam n'est pas une Maison de Luxe et ces chiffres sont ceux du prestataire ; ils donnent le sens de la pente.
« Le Luxe choisit l'image la plus chère au moment où il ne sait pas encore prouver qu'elle n'est pas générée. »
Ce que je défends. Le choix des Maisons est cohérent : quand une image générée coûte une fraction d'un tournage, celle qu'on tourne avec Barry Jenkins prouve, par son coût même, que quelqu'un l'a voulue. Mais ce choix n'a de valeur que si le client peut faire la différence, et la loi commence à obliger à la signaler.
Ce qui oblige, ce qui est facultatif, ce qui reste ouvert. Oblige : depuis le 2 août, l'article 50 du règlement européen sur l'IA impose de signaler tout hypertrucage, c'est-à-dire une image, un son ou une vidéo générés ou retouchés par l'IA qui ressemblent à des personnes, des objets ou des lieux existants et paraîtraient authentiques ; l'amende peut atteindre 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires mondial (article 99). Un mannequin généré sur une page d'e-commerce en relève ; une campagne de fiction relève plus probablement de la mention allégée ci-dessous, et le premier risque est alors la réputation.
Facultatif : l'icône européenne, ci-dessous. Ouvert : pour les œuvres « evidently artistic, creative, satirical, fictional or analogous » (manifestement artistiques, créatives, satiriques, de fiction ou analogues), le règlement admet une mention discrète, qui ne gêne pas l'œuvre, selon l'Observatoire européen de l'audiovisuel ; la question de savoir si une campagne de Maison peut s'en prévaloir reste à trancher. J'en décrivais le calendrier dès l'édition 10.
L'Europe a déjà son icône. Le 10 juin, avec son code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés, la Commission a publié un jeu d'icônes à apposer sur une image produite ou retouchée par l'IA, une icône générale et d'autres qui séparent le tout-généré du retouché, selon le cabinet Heuking ; personne n'est tenu de s'en servir, et l'apposer ne suffit pas à se mettre en règle, selon CADE.
À mesure que l'icône se répandra, une campagne qui n'en porte pas dira, sans que la Maison l'ait écrit, qu'ici rien n'est généré. Et si l'un de ses visuels d'e-commerce en porte une, la Maison devra pouvoir expliquer pourquoi celui-ci, et pas les autres. Ma position : sur les visuels d'e-commerce générés, l'icône, dès qu'elle sera reconnue du client ; sur l'image de campagne, rien à apposer, parce qu'elle est tournée.
L'objection. Déclarer coûte en désir. Quatre chercheurs l'ont mesuré dans le Journal of Advertising Research en 2025, sur trois expériences : quand une marque de Luxe signale qu'une publicité est générée par IA, les consommateurs la jugent moins bien, parce qu'ils y voient moins d'effort, donc moins d'authenticité de la marque ; l'effet s'atténue quand l'image générée est très créative. L'étude ne mesure pas la réaction à une image signalée « en partie générée ».
La règle que j'en tire est celle de mon livre Luxe Agentique, à paraître prochainement : la machine en coulisses, la main sur scène. Tracer toujours, en interne ; montrer la mention là où la loi l'exige et là où le client la demande ; ne jamais faire de « fait par IA » un argument. Le client juge l'image ; il ne juge le procédé que si on le lui met en avant, et il le juge alors moins bien.
Ce que la mesure ne dit pas. L'article de BoF lit des campagnes, il ne mesure rien : aucun chiffre sur la part d'images générées dans les productions des Maisons. L'étude teste des publicités entièrement générées, pas des déclinaisons. Et les pages publiques des Maisons de mode et de maroquinerie que j'ai lues ne publient pas de règle sur la part d'IA dans leurs images.
Ce que je retiens.L'édition 26 rappelait que le règlement oblige déjà à signaler une voix de synthèse qui imite une personne réelle ; la question s'élargit à toute l'image. Une seule décision à prendre, en Comité Exécutif : la règle, sur une page, avant la campagne du printemps, qui dit quelle part d'IA, à quelle étape, pour quels visuels, offres d'emploi comprises.
Cette règle se traduit en quatre gestes. L'étiquette devient un champ obligatoire de la photothèque, signé par la direction de l'image, vérifié par le juridique, rempli par l'agence et ses sous-traitants sous contrat, avec droit d'audit. La trace s'inscrit dans le fichier selon la norme ouverte C2PA, un procédé qui attache à l'image l'historique de sa fabrication, que je décrivais en édition 12. Elle se double d'un registre interne, parce que cette inscription peut disparaître quand l'image est republiée. Et la réponse en boutique, « est-ce généré ? », se prépare avec les équipes de vente et se confie aux conseillers.
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Choisir, installer, former. ¶
La question que me posent les dirigeants n'est plus « faut-il y aller ? », mais « jusqu'où ? » : où passe, chez nous, la ligne entre ce que l'IA peut toucher et ce qu'elle ne doit jamais toucher ? Cette ligne ne se décrète pas. Elle se dessine cas d'usage par cas d'usage, avec les managers qui les portent, et elle s'écrit, pour pouvoir être dite le jour où un client la demandera. C'est ce travail que je fais avec vous.
Trois types d'intervention, à la carte. Vous commencez par celui qui répond à votre question du moment ; aucun n'oblige aux autres.
1 · Stratégie IA. Identifier et spécifier vos cas d'usage. Un cas d'usage est une tâche précise qu'une équipe confie, en tout ou en partie, à l'IA. Je vous aide à les identifier, puis les managers qui les portent les arbitrent, à partir de ce qui vous freine comme de ce qui fait votre force. Lire →
2 · Solutions IA. Choisir et mettre en place vos solutions IA. Pour chaque besoin, la bonne solution, de préférence parmi celles déjà en place chez vous, réglée avec votre équipe et laissée en marche. Lire →
3 · Formation IA. Former vos équipes. Vos équipes prennent l'IA en main sur leurs missions réelles ; chacun repart avec ce qu'il sait refaire seul. Point d'entrée : le responsable d'équipe, qui repart avec son plan d'adoption. Lire →
Dans la musique, c'est l'ayant droit qui déclare la part d'IA, et la plateforme qui la montre. ¶
Le 14 octobre, YouTube Music a commencé à afficher une étiquette sur les morceaux « created primarily using generative AI » (créés principalement avec une IA générative), directement sur la page d'écoute, selon son blog officiel.
Les ayants droit choisissent l'une de trois mentions, « Fully Gen AI », « Partly Gen AI » ou « No Gen AI », et un morceau retouché avec un correcteur de justesse reste dans la troisième, selon TechCrunch. La déclaration passe par les fichiers de livraison des morceaux, donc par la chaîne de distribution elle-même, et YouTube la croise avec ses propres outils de détection ; il ne dit pas encore si la mention « en partie » s'affichera à l'écran, selon Music Business Worldwide.
Le mouvement est collectif : Spotify affiche des crédits d'IA depuis avril, Deezer a annoncé la même semaine un filtre contre la musique entièrement générée, et Apple Music a promis pour la fin de l'année des étiquettes « Made With AI » (fait avec l'IA), après un appel de l'industrie du disque, des Grammys et du syndicat des interprètes SAG-AFTRA, selon MobileSyrup et Music Business Worldwide.
Le 20 octobre, Spotify a publié son bilan sous un titre qui pourrait être celui d'une Maison : « One Year In: Putting Human Artistry First on Spotify » (un an après : l'art humain d'abord sur Spotify) (communiqué de Spotify). Les artistes y déposent des « AI Credits », qui détaillent morceau par morceau la part confiée à la machine, et plus de 300 000 artistes, qui représentent selon Spotify plus de 99 % de ce que les auditeurs y cherchent, portent le badge « Verified by Spotify », qui garantit « a real, identifiable person » (une personne réelle et identifiable) derrière la musique, selon le même communiqué.
« La musique n'a pas interdit l'IA : elle a demandé à chacun de dire combien il en a mis. »
Deux choses me frappent. La déclaration est graduée : entre tout et rien, il y a « en partie », et c'est là, je le crois, que se trouvera l'essentiel de la production réelle. Et c'est l'ayant droit qui déclare, la plateforme qui vérifie : YouTube avec ses propres outils, Spotify avec ceux d'autres sociétés. Spotify admet d'ailleurs qu'aucun indice ne tranche seul et que les détecteurs d'IA restent faillibles.
Ce que je retiens.Une Maison commande de la musique pour ses défilés, ses films et ses boutiques. Dès la prochaine commande, son contrat peut exiger du compositeur la même déclaration en trois niveaux que YouTube. C'est ainsi qu'elle pourra répondre, le jour où on lui demandera ce que l'IA a fait dans la bande-son d'un défilé.
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La campagne générée en continu : Zalando exige de ses vendeurs une trace dans le fichier, le client ne voit presque jamais de mention. ¶
Zalando fait déjà ce que les Maisons évitent. Le 18 septembre, The Business of Fashion rapportait que 93 % des campagnes marketing de son site sont faites avec l'IA, d'après Matthias Haase, son vice-président chargé des solutions de contenu.
Pour les pages produits, des agents font le casting parmi 150 mannequins entièrement générés et assemblent les silhouettes en suivant les règles de la marque ; une seconde équipe d'agents relit chaque image et répare ce que l'IA a ajouté de son cru. Une campagne prenait six à huit semaines ; elle se fait désormais en quatre jours, selon le même article. Zalando le confirme : ses modèles « can sometimes infer details that are not actually there » (inventent parfois des détails absents), d'où un contrôle qui compare chaque image générée à la photo du produit (Zalando).
Le terrain juste, pour une Maison : les déclinaisons d'une campagne déjà tournée, aux formats des réseaux et des marchés, et les visuels d'e-commerce, au seuil de fidélité de la matière que Bompard s'impose, jamais l'image de la campagne elle-même.
« L'agent qui corrige les détails inventés est le premier agent dont une Maison aurait besoin. »
Le piège, c'est la mention. Selon le même article de BoF, Zalando estime que la plupart de ses images échappent à l'obligation européenne sur les hypertrucages, et qu'une étiquette sur chaque visuel sèmerait le trouble. Zalando l'écrit lui-même : « Visible labels are reserved specifically for scenarios where content could otherwise mislead consumers » (les mentions visibles sont réservées aux cas où le contenu pourrait tromper le client) (Zalando). Ses règles pour les vendeurs interdisent toute mention visible sur l'image et demandent à la place un marquage invisible dans le fichier, obligatoire d'ici décembre (règles d'images de Zalando).
Résultat, constate BoF : sur le site, l'image marquée comme générée reste introuvable ou presque. Ce que je défends va plus loin. Zalando réserve la mention visible aux images qui pourraient tromper, l'interdit à ses vendeurs et leur demande une trace dans le fichier ; une Maison dit « tourné » de ses images humaines, sait pour chacune des autres ce qui est généré, et donne cette étiquette à qui la demande, client, journaliste ou régulateur. Cette lecture se défend pour un distributeur ; elle se défendra mal pour une Maison qui vend la matière de ses objets.
Dans les prochaines saisons, je m'attends à ce qu'une Maison décline par IA une campagne tournée. Le test ne sera pas la vitesse, ce sera la matière : un cachemire, un cuir, un grain rendus assez juste pour que la déclinaison tienne à côté de la photo. Ses studios internes y gagneront des déclinaisons à relire plutôt qu'à produire : un métier qui change.
Sources de la rubrique3 liens
Pour creuser. ¶
- Le podcast. « Has Fashion Had Enough of AI? », The Debrief, The Business of Fashion, 9 septembre. Diana Pearl et Marc Bain y décrivent la réponse de certaines Maisons au flot d'images générées : des œuvres confiées à des artistes, des soirées où l'on laisse son téléphone à l'entrée. Une phrase de Bain à garder : « the logo becomes more important » (le logo devient plus important) à mesure que le vêtement se regarde sur un écran plutôt qu'en main.
- L'article. Lewis Lim, « The Loyal Customers Your Luxury Brand Is Overlooking », Harvard Business Review, 19 octobre (payant). Le marché gris, ces revendeurs non agréés par la marque, pèserait environ 8 % du marché mondial des biens personnels de Luxe, selon le cabinet Omnia Retail cité par l'auteur ; ses clients, souvent parmi les plus fidèles d'une marque, achètent hors de son fichier client. À lire avant de confier à un agent un fichier client qui ignore ces acheteurs.
- Le livre de fond. Omri Ben-Shahar et Carl E. Schneider, More Than You Wanted to Know: The Failure of Mandated Disclosure (Princeton University Press, 2014). Deux juristes soutiennent que la plupart des mentions obligatoires ne sont ni lues ni comprises. La recension de The Regulatory Review leur oppose des mentions qui fonctionnent, comme le label Energy Star. C'est ce contrepoint que je retiens : une mention utile est précise, graduée, et placée là où la décision se prend.
Sources de la rubrique4 liens
L'agenda du Luxe agentique, du 22 au 29 octobre. ¶
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Jeudi 22.
Chiffre d'affaires du troisième trimestre d'Hermès, conférence à 9 heures, et des neuf mois de Prada Group le même jour. À écouter : un mot sur la part d'IA dans leurs images.
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Jeudi 22, après la Bourse.
Chiffre d'affaires du troisième trimestre de Kering, le premier publié depuis l'entretien de Luca de Meo à WWD du 7 octobre, que je commentais en édition 26 : six à huit mois séparent l'idée de la boutique, et « one of my priorities in the next six months is to reengineer that » (l'une de mes priorités des six prochains mois est de reconcevoir cela).
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Jeudi 29, après la clôture de Wall Street.
Résultats du troisième trimestre de The RealReal, date confirmée par Finviz. Son agent de recherche Ask TRR, que je décrivais en édition 26, est ouvert à ses 45 millions de membres depuis le 8 octobre (communiqué de The RealReal) ; le trimestre s'est clos le 30 septembre, avant l'ouverture à tous, et on pourra y chercher un premier mot sur son usage.
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D'ici fin novembre.
Lancement du groupe de travail européen sur les pratiques de mention propres à chaque secteur, annoncé pour octobre ou novembre, sans date précise (Commission européenne).
Une Maison sait depuis toujours dire d'où vient une peau, qui a monté une pièce, en combien d'heures. Elle devra bientôt dire aussi ce que l'IA a fait dans une image. Celle qui l'écrira la première fixera, je le crois, la règle de tout son secteur. Luxe oblige !
Sources de la rubrique7 liens
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