Édition #15 · W23 · 4 juin 2026 ← Retour au sommaire

L'absence et la manière

Demandez maintenant à un agent IA la plus belle Maison de votre métier. En sortent vos mots, ou ceux d'un concurrent ? La santé vient de prouver, grandeur nature, ce que vos clients exigeront bientôt de vous : être trouvés avant d'être vendus. Votre empreinte agentique est la première bataille, et vous ne la livrez pas encore.

Édition #15 — L'absence et la manière

La semaine dernière, je vous laissais sur quatre noms attablés autour d'une même jeune entreprise française : Xavier Niel, Alain Ducasse, Rodolphe Saadé, Jean Moueix. Vingt millions d'euros, un tour. Voici ce qu'ils ont vu venir. L'entreprise s'appelle Zoï, et le quatuor y côtoie Stéphane Bancel, le patron de Moderna. Ce n'est ni un défilé, ni une suite à Cap-Ferrat, ni un collier. C'est une clinique de longévité. La nouvelle verticale du Luxe, c'est le corps.

Sept heures, à deux pas de la place Vendôme. Madame attend les résultats de son bilan : 3 600 euros, 145 biomarqueurs, et une certitude qui vaut tous les sacs du monde. Elle vieillit mieux que vous. Vous vendez des montres, des parfums, des bijoux, des séjours. Vous vous dites : ce n'est pas mon métier. Vous avez tort, et la suite le démontre.

Faites le test maintenant, depuis votre téléphone. Demandez à ChatGPT, à Claude ou à Perplexity « la plus belle Maison de joaillerie de la place Vendôme », « le meilleur parfumeur sur-mesure de Paris », « où commander une montre qui se transmet ». Lisez ce qui sort : vos mots, vos codes, vos pairs réels, ou des substituts qui vous nivellent ? Pour la plupart des Maisons, la réponse pique. C'est votre empreinte agentique : ce que les agents IA (des logiciels qui agissent à votre place, prennent un rendez-vous, recommandent un achat, organisent un séjour) répondent quand un client les interroge sur une Maison comme la vôtre. Aujourd'hui, vous ne la contrôlez pas.

Le Luxe a toujours su que ce n'est pas la chose qui compte, c'est la manière. L'ère de l'agent y ajoute une question que vous ne vous posiez pas : celle de l'absence. Deux choses se jouent désormais dans la réponse de la machine. L'absence d'abord : quand le client ne vous nomme pas, vous n'émergez qu'une fois sur deux, et la moitié de la conversation se tient sans vous. La manière ensuite : quand vous émergez, l'agent vous cite-t-il sur le prix, ce qui vous banalise, ou comme un univers désirable, avec vos mots, ce qui vous distingue ? Y figurer ne suffit pas. Votre empreinte agentique se gagne, ou se perd, sur les deux : l'absence, et la manière.

Pourquoi entrer par la santé ? Parce qu'elle a tout essayé avant vous, et parce que le Luxe vient officiellement de la rejoindre. Le 31 mars 2026, L'Oréal a bouclé le rachat de la beauté de Kering pour 4 milliards d'euros, Creed compris, et a logé dans le même accord une coentreprise dédiée au bien-être et à la longévité. Le numéro un mondial de la beauté et le numéro deux du Luxe nomment ensemble la prochaine frontière. Ce que vos clients investissent dans leur corps dit, en accéléré, ce qu'ils attendront de toute Maison : être suivis dans le temps plutôt que servis une fois, gardés plutôt que vendus. La santé n'est pas votre métier. C'est votre laboratoire avancé. Hier, le client fortuné avait un coach, un nutritionniste, un médecin de famille. Aujourd'hui, l'agent IA tient le carnet. C'est ce que j'appelle la Noblesse Métabolique : un rang qui ne s'hérite plus, il s'entretient, données à l'appui.

Bienvenue dans LUXE ÆTERNAI : mon décryptage hebdomadaire sur ce que les agents IA changent, ou ne changent pas, pour les Maisons de Luxe. Je suis Mickaël Tsakiris. Vingt ans dans le Luxe, côté Maisons et agences digitales, de Saint Laurent à LVMH en passant par Dior, Chanel et Hennessy. J'accompagne les Maisons et les dirigeants qui veulent transformer l'IA agentique en avantage concurrentiel sans renier leur ADN. Bonne lecture !

TL;DR

L'essentiel de la semaine.

L'Oréal × Kering, 31 mars. 4 milliards d'euros pour Creed et la beauté de Kering, avec une coentreprise longévité inscrite dans l'accord. Le Luxe acte que le corps est une verticale.

Zoï. La clinique de longévité parisienne (Niel, Ducasse, Saadé, Moueix, Bancel au capital) confie sa gouvernance médicale au professeur Jérôme Salomon, ancien directeur général de la Santé. L'agent mesure, le nom propre répond.

Oura, 21 mai. Dépôt confidentiel d'introduction en Bourse, 11 milliards de dollars de valorisation, 5,5 millions de bagues vendues. La mesure de soi devient un actif coté.

Mes audits d'empreinte, deux verticales. Une maison de mode parisienne et un réseau d'hôtellerie de Luxe, cités quand on les nomme, trouvés une fois sur deux quand le client ne les nomme pas. La découverte est le territoire perdu.

EU AI Act, 7 mai. Accord du Digital Omnibus : transparence maintenue au 2 août 2026, obligations sur les systèmes à haut risque repoussées au 2 décembre 2027. Le calendrier glisse, l'exposition reste (15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires mondial).

Le paradoxe de la semaine

La mesure devient gratuite. La présence devient rare.

Plus l'agent sait mesurer, comparer, recommander, moins ce qu'il mesure vaut cher. Votre montre fait un électrocardiogramme, une clinique suédoise vend un scan corps entier pour quelques centaines de livres, n'importe quel téléphone lit un sommeil. La donnée se banalise à la vitesse où elle se démocratise.

Et à mesure qu'elle se banalise, la valeur glisse ailleurs. Vers ce qu'aucun agent ne fait seul. Engager un nom. Traduire un chiffre en décision dans une vie singulière. Regarder quelqu'un. Le Luxe se trompe de marchandise s'il vend la mesure : sa rente, c'est la présence. Encore faut-il exister dans la réponse de la machine avant de pouvoir l'incarner en boutique. La première bataille n'est pas la vente. C'est la réponse.

Sources :

  • Neko Health : scan corporel complet à partir de 299 £ (Stockholm, Londres).
  • Apple Watch : électrocardiogramme et capteurs santé embarqués (validation FDA depuis 2018).
Ce qui bouge

Trois signaux cette semaine.

L'Oréal rachète la beauté de Kering, et parie sur la longévité

Le 31 mars 2026, L'Oréal a finalisé l'acquisition de Kering Beauté pour environ 4 milliards d'euros : la maison de parfums Creed, et des licences de cinquante ans pour développer la beauté de Bottega Veneta et Balenciaga (Gucci suivra à l'expiration du contrat avec Coty, attendue vers 2028). Détail que personne ne commente, et qui devrait vous tenir éveillé : l'accord, scellé dès octobre 2025, comprend une coentreprise explicitement dédiée au bien-être et à la longévité. Les deux plus grands noms de la beauté et du Luxe ne se contentent pas d'acheter des marques. Ils nomment une frontière. Pour la beauté de prestige, la conséquence est nette : le diagnostic de peau doit devenir un suivi agentique dans le temps, pas une énième application qu'on oublie après trois usages.

Sources :

Oura dépose son dossier d'introduction en Bourse

Le 21 mai 2026, le finlandais Oura a déposé de façon confidentielle son projet d'introduction en Bourse auprès de la SEC, le régulateur boursier américain, sur une valorisation d'environ 11 milliards de dollars (atteinte fin 2025 lors d'un tour de 900 millions), 5,5 millions de bagues vendues, et un chiffre d'affaires que son PDG projette près de 2 milliards de dollars en 2026 (l'objectif officiel tournant autour de 1,5 milliard). Le corps devient un actif financier. Mais une valorisation mesure l'appétit des investisseurs, pas l'efficacité d'un agent. Retenez surtout la leçon de marque : co-signer un capteur tiers, comme Gucci l'a fait avec l'anneau Oura, apporte du prestige, et laisse un partenaire lire la donnée la plus intime de votre cliente, son sommeil, son cœur, son stress. Le prestige est à vous. La donnée est à lui.

Sources :

WHOOP : on ne vend plus un objet, on s'abonne à un agent

Valorisée 10,1 milliards de dollars à sa série G de mars 2026, WHOOP ne vend pas un bracelet, elle vend un suivi : le capteur n'a aucun écran, on paie l'abonnement. Son agent, WHOOP Coach, propulsé par l'IA d'OpenAI, ne se contente pas d'afficher des données. Si votre nuit fut courte, il remplace seul la séance de musculation par de la récupération. Il décide. La leçon n'est pas le capteur, c'est le basculement : de la vente unique à la relation continue, tenue par un agent. La question pour votre Maison est jumelle : vos agents tiennent-ils la relation aussi bien que WHOOP tient le corps de son client ?

Sources :

  • Bloomberg, 31/03/2026 (série G WHOOP à 10,1 milliards de dollars)
  • Chiffres d'abonnés communiqués par WHOOP
On décode

L'empreinte agentique : votre première bataille n'est pas la vente, c'est la réponse.

Un mot, qui reviendra à chaque édition où la découverte du client se jouera chez un agent plutôt que dans votre vitrine. Pas un refus de l'IA. Ce que vous gagnez, ou cédez, quand un client demande conseil à une machine.

Garder ses clients, pas seulement les conquérir

Regardez les deux modèles que Zoï et WHOOP incarnent, parce qu'ils annoncent le vôtre. WHOOP a transformé l'achat en abonnement : la valeur n'est plus dans l'objet, elle est dans le suivi qui dure. Zoï, à deux pas de la place Vendôme, facture 3 600 euros un bilan de 145 biomarqueurs, et son geste le plus stratégique n'est pas technologique : la clinique a confié sa gouvernance médicale au professeur Jérôme Salomon, ancien directeur général de la Santé. Une clinique à ce prix n'achète pas une compétence clinique de plus. Elle achète une signature qui répond. Voilà le couple gagnant que vous reverrez partout : l'agent mesure, l'humain engage son nom.

Pourquoi cela vous concerne, chiffres à l'appui : les ventes du Luxe se concentrent sur la minorité des meilleurs clients, au point que le seul top 0,1 % en pèse 37 % de la valeur (Bain-Altagamma, 2025), et chez Mytheresa, 39 % du volume d'affaires vient de 3,5 % de ses clients (programme Top Customer, exercice 2023). Votre marge vit sur une poignée de clients qu'il faut garder, pas conquérir, alors même que la base de clientèle du Luxe se contracte. Or « garder » un client dans le temps, c'est précisément ce que la santé vient de réindustrialiser. Mais avant de garder, il faut être trouvé.

Avant de garder, il faut être dans la réponse

L'IA ne tue pas votre vente, elle déplace le premier geste. Selon McKinsey, le client délègue volontiers à l'agent la découverte (trouver, comparer), mais pas l'achat d'un objet de désir, où la présence humaine fait partie de la valeur. Conséquence limpide : l'agent présente une première sélection, l'humain conclut la vente. Si vous n'êtes pas dans cette sélection, personne ne conclut. Et que personne, en comité, ne vous dise que la bataille est déjà jouée : la transaction agentique reste embryonnaire — OpenAI a discrètement abandonné son Instant Checkout en mars 2026, à peine 8 % des utilisateurs l'avaient essayé, faute d'acheteurs. Mais la découverte, elle, se joue déjà. C'est le front qu'il faut tenir aujourd'hui.

Le client fait confiance à l'agent pour trouver. Il fait confiance à l'humain pour choisir.

— Mon étude Le client, la marque et l'agent, avril 2026.

C'est le terrain du GEO (Generative Engine Optimization, l'art d'être correctement saisi par les agents qui parlent à votre place). Ce n'est pas du référencement : un agent ne présente pas une liste de liens, il prend la parole. Tout ce qui n'a pas été dit de vous dans le corpus qui le nourrit n'existe pas dans sa réponse. Tout ce qui y a été dit de travers passe pour vrai. Et attention, y être cité ne suffit pas. Cité sur le prix, vous vous banalisez ; présenté comme un univers désirable, avec vos mots, vous protégez votre marque. L'empreinte se mesure en désirabilité captée, pas seulement en requêtes gagnées. Et sa matière première n'est pas votre site : c'est la presse. Près de 85 % de ce qu'un agent cite provient de l'earned media, de sources tierces, pas des pages que vous contrôlez (Muck Rack, 2026). Votre récit se gagne d'abord là où d'autres parlent de vous, et c'est précisément le terrain de votre direction de la communication.

Deux réponses d'agent à « une belle maroquinerie française », reconstituées
Cité sur le prix

« Pour un sac en cuir de belle facture, comptez 2 000 à 4 000 €. [Votre Maison], [Concurrent A] et [Concurrent B] proposent des modèles comparables : le choix dépend surtout de votre budget. »

Une ligne dans un comparateur. Interchangeable.

Cité comme univers

« [Votre Maison] perpétue depuis 1837 un savoir-faire sellier rare : chaque pièce est cousue main, au point sellier, et se transmet. Ce n'est pas un sac, c'est un objet d'héritage. »

Désirée, avec vos mots. Préférée.

Les deux gardes-fous : possédez votre agent, sécurisez votre donnée

Première règle : possédez votre agent, ou un tiers parlera de vous sans vous. L'alternative au capteur co-signé existe : l'agent brand-authored, écrit et hébergé par la Maison, comme Ask Ralph chez Ralph Lauren (édition #1), qui garde le récit et la donnée. Votre école de pensée change la dose, pas la nécessité : Hermès aligne les records en gardant l'IA discrète : tout indique qu'elle reste cantonnée à la logistique et à l'anti-contrefaçon, loin de la vente ; LVMH industrialise plus ouvertement, tout en traçant la ligne : quand Google a lancé son panier agentique Universal Cart à Google I/O 2026, Sephora, son enseigne de distribution beauté, figurait parmi les premiers marchands raccordés, mais aucune Maison de désir du groupe dans la liste initialement publiée, ni Vuitton, ni Dior. Les deux ont raison sur leur terrain. Aucune ne peut se permettre d'être absente quand un client interroge un agent.

Second garde-fou : où vit la donnée, et qui signe. Dès qu'un agent touche une donnée de santé, une orientation intime ou une donnée biométrique, vous relevez de l'article 9 du RGPD : base légale, consentement explicite, analyse d'impact ; les autres données clientes sensibles au sens commercial, mensurations, patrimoine, habitudes, restent soumises au régime général, déjà exigeant. Et s'il décide seul, sans intervention humaine réelle et avec un effet significatif sur la personne, c'est l'article 22. L'EU AI Act maintient l'obligation de transparence au 2 août 2026 ; l'accord du Digital Omnibus du 7 mai 2026 repousse les obligations sur les systèmes à haut risque au 2 décembre 2027 (sous réserve d'adoption formelle), mais l'exposition demeure : 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires mondial. Et la donnée s'héberge quelque part : WHOOP tourne sur OpenAI, Amazon One Medical sur Bedrock, donc sous le coup du CLOUD Act américain. Pour une Maison, la souveraineté de la donnée client n'est pas un détail juridique, c'est un argument de vente. D'ailleurs, quand l'agent gratuit se trompe, et il se trompe (une évaluation indépendante du Mount Sinai parue dans Nature Medicine relève qu'un assistant santé grand public sous-évalue une urgence sur deux), la valeur se déplace vers l'agent supervisé par un humain. Vrai en santé. Bientôt vrai sur le conseil de votre Maison. La vraie question que personne ne pose en comité : qui signe quand l'agent se trompe sur votre meilleure cliente ? Et le jour où l'agent ne prépare plus la réponse au client mais évalue vos propres conseillers, vous basculez dans le « haut risque » de l'EU AI Act, supervision humaine obligatoire : former le conseiller à travailler avec l'agent est une chose, encadrer l'agent qui note le conseiller en est une autre, autrement sensible.

Ce qu'aucun agent ne fait seul

Veblen décrivait en 1899 la consommation ostentatoire. Une grammaire neuve s'y ajoute, la santé ostentatoire : on n'exhibe plus ce qu'on achète, on exhibe ce qu'on s'inflige, le jeûne, le bain glacé, le bilan à quatre chiffres. Et la grammaire n'est pas universelle : le client asiatique affiche volontiers son score de santé quand l'Européen le cultive en secret — un agent aveugle à cette nuance vous fait manquer, précisément, le client qui compte le plus. Mais mesurer se banalise. Ce qui reste rare, donc ce que vous devez vendre, ce sont les trois choses qu'aucun agent ne fait seul. La responsabilité : un nom propre qui engage sa réputation derrière la décision, et reste joignable quand l'agent se trompe (ce que Salomon apporte à Zoï). Le sens : traduire la donnée brute en décision, dans une vie singulière, car la donnée angoisse et le sens libère. Le temps : l'attention d'un humain qui vous regarde.

Le cadre à tracer

La Grille de Délégation Agentique

Entre tout déléguer et tout garder, il y a une frontière, et votre Maison doit la tracer noir sur blanc : ce qu'un agent a le droit de faire (mesurer, alerter, préparer, recommander), et ce qui ne se délègue jamais (la décision engageante, le geste de l'artisan, la signature créative, la relation de confiance).

Ce qu'il faut faire maintenant

Quatre mouvements, dans l'ordre, pour une direction générale et un directeur digital.

  1. Mesurer votre empreinte sur les six intentions du parcours (découverte, comparaison, connaissance, achat, éthique, fidélisation). On ne corrige pas ce qu'on n'a pas mesuré, et le diagnostic coûte peu là où la traction n'a pas encore décollé.
  2. Écrire votre récit agentique et posséder l'agent qui le porte : ce que la machine a le droit de dire de vous, dans vos mots.
  3. Tracer votre Grille de Délégation, validée par la direction, et la décliner par métier.
  4. Nommer un responsable au comité exécutif, pas un délégué à la protection des données planqué au troisième sous-sol, mais un membre du COMEX qui répond, devant le directeur général, des arbitrages entre l'IA agentique et ce qui ne se délègue pas.

Sources :

La story

Connu quand on vous nomme, introuvable quand on vous cherche.

Ce printemps, j'ai soumis deux Maisons à l'épreuve des agents, dans deux univers que rien ne rapproche : une maison de mode parisienne contemporaine, défilante, et un grand réseau international d'hôtellerie de Luxe. Mêmes conditions à chaque fois : cinq agents dans leurs modèles grand public (ChatGPT, Claude, Gemini, Perplexity, Mistral), 100 questions calibrées (50 en français, 50 en anglais américain), six intentions client, six critères pondérés, méthode NarrativeGuard. Cinq cents réponses réelles par Maison. Les deux audits sont confidentiels : je les cite anonymisés, les noms changent, les constats non.

Deux univers, le même angle mort. Les deux Maisons obtiennent un score global de désirabilité agentique de l'ordre de la moyenne, grade C. Un mot sur ce grade : l'audit note chaque Maison sur 100, puis traduit le résultat en lettre, de A à F comme un bulletin scolaire. A, la Maison que les agents restituent fidèlement et recommandent ; F, celle qu'ils ignorent ou déforment. C, c'est le milieu : la Maison existe dans la réponse de la machine, mais sans s'y imposer. Et chez les deux, la note se brise toujours au même endroit. Quand le client nomme la Maison, les agents savent presque tout : elle est citée dans la quasi-totalité des réponses, son histoire et ses codes restitués avec justesse. Mais quand le client décrit seulement ce qu'il cherche, sans nommer la Maison, celui qui découvre, celui qui fera votre clientèle de demain, elle n'émerge plus qu'une fois sur deux.

Vous êtes une maison que l'on retrouve, pas une maison que l'on trouve.

Pourquoi cela devrait vous tenir éveillé : sur le périmètre que j'ai audité en prêt-à-porter contemporain, de l'ordre de 70 % de la conversion vient de cette découverte non-intentionnelle, du client qui ne vous cherchait pas. C'est une observation tirée de mes audits, pas une moyenne de marché, mais elle dit l'ampleur de l'enjeu. C'est exactement la moitié de la conversation que vous ne tenez pas. Et quand vous n'émergez pas, l'espace ne reste pas vide : il est occupé par un concurrent, ou par une référence tierce qui parle à votre place et récolte le crédit que vous devriez porter.

Ce que ça pèse

Le calcul tient en une ligne pour votre directeur financier : la moitié de la découverte qui vous échappe, multipliée par le poids de vos meilleurs clients dans la marge, donne la part de croissance qui se joue, aujourd'hui, dans une réponse de machine que vous ne relisez jamais.

Un constat plus rassurant : l'écart de traitement entre le français et l'anglais américain est faible, deux points sur cent. Pour des Maisons qui réalisent une large part de leur chiffre hors de France, c'est un acquis rare. Le chantier n'est donc pas linguistique. Il est de présence et de récit. Ces Maisons n'ont pas un problème de notoriété, leur connaissance frôle la perfection. Elles ont un problème de découverte et de défense de leur récit. Exactement la zone que l'agent gouverne, et que la plupart des Maisons ne mesurent pas encore.

Méthode & sources :

  • Audits d'empreinte propriétaires, confidentiels et cités anonymisés, protocole NarrativeGuard : 5 agents (ChatGPT, Claude, Gemini, Perplexity, Mistral), 100 questions calibrées en français et en anglais américain, 6 intentions et 6 critères pondérés, 500 réponses scorées par Maison, printemps 2026.
  • Étude Le client, la marque et l'agent (avril 2026, 680 réponses) : socle méthodologique public.

C'est précisément ce que mesure l'Audit d'Empreinte Agentique. Et il ne s'arrête pas à votre part de voix, à la seule question « suis-je cité ? ». Il mesure votre désirabilité telle que les agents la restituent, sur une grille de six critères pondérés : présence, position, exactitude, préservation du récit, actionnabilité et sentiment. Le dispositif : cinq agents (ChatGPT, Claude, Gemini, Perplexity, Mistral), 100 questions calibrées en français et en anglais américain, 500 réponses scorées par Maison sur les six intentions du parcours client, face à vos concurrents réels. À l'arrivée, une recommandation et un plan d'action opérationnalisé et séquencé, restitué devant votre comité exécutif en une à deux semaines. Pensé pour décider, pas pour décorer.

Mesurer mon empreinte →

Et si l'audit révèle un chantier de récit, nous traçons ensemble votre doctrine IA et votre Grille de Délégation. Un seul interlocuteur, de la mesure à la décision.

Ma question indiscrète

Quatre questions à poser à votre comité, lundi.

Au directeur marketing. Quand un agent recommande une Maison comme la nôtre, sortons-nous, et avec nos mots, ou des substituts qui nous nivellent ?

Au directeur client. Sur nos 100 meilleurs clients, l'agent garde-t-il la relation d'une fois sur l'autre, ou la convertit-il une seule fois ?

Au juridique et à la DSI. Sur quelle donnée, hébergée où, et qui signe le jour où l'agent se trompe sur votre meilleure cliente ?

Au DRH. Nos conseillers savent-ils travailler avec un agent qui prépare leurs recommandations, et savons-nous passer un pilote à l'échelle ?

Ne pas poser ces questions n'efface pas leurs réponses. Elles s'écrivent déjà, en ce moment précis, dans ce que les cinq agents disent de vous pendant que vous lisez ces lignes.

Ma liste de lecture

Pour creuser.

  • McKinsey × Business of Fashion, State of Fashion 2026. Les chiffres du bien-être à la source, et l'écart entre découverte et achat sur le Luxe.
  • McKinsey, When AI Meets Desire. Pourquoi le client délègue la recherche à l'agent mais garde l'achat de désir pour l'humain.
  • Bain & Company, Luxury Goods Worldwide Market Study (2025). La concentration sur les meilleurs clients et la contraction de la base.
  • Kering et L'Oréal, l'alliance beauté et longévité. L'accord à 4 milliards et sa coentreprise bien-être, à la source.
  • Le Digital Omnibus et l'EU AI Act, accord du 7 mai 2026. Pour le juridique et la DSI : ce qui glisse, ce qui reste.
  • Mon étude Le client, la marque et l'agent (avril 2026). 680 réponses, le nouveau triangle client, marque, agent, et la frontière entre trouver et choisir.
Coming next

Rendez-vous jeudi.

La semaine prochaine, je ne sais pas encore ce que l'actualité posera sur la table. Je sais seulement où je regarderai : à l'endroit précis où un agent décide, à votre place, ce qu'un client verra de votre Maison.

D'ici là, faites le test. Lisez ce que la machine dit de vous. Et demandez-vous qui, derrière la réponse, engagera son nom. Une Maison digne de ce nom se doit d'être dans la réponse, et de répondre. Luxe oblige !

— Mickaël Tsakiris
Paris, jeudi 4 juin 2026